FOCUS #NWXSF18 – Le travail est le futur de l’Homme

On la dit capable de faire des choix stratégiques à la place des dirigeants ; on l’imagine artiste et musicienne ; on la présente comme le meilleur recruteur de tous les temps.
On dit ainsi de l’IA qu’elle menace nos emplois.

Et si on arrêtait de la fantasmer ?
Et si on prenait le temps de regarder en arrière pour comprendre où l’on va ?

 

Progrès techniques & cycles économiques

Kondratiev, Kitchin, Juglar… On ne parle pas ici du nom des stades de la Coupe du Monde mais de celui d’Economistes ayant dédié leurs recherches à l’interprétation des cycles macroéconomiques. Chacun a sa manière a prouvé l’existence de phases répétitives dans l’Histoire de nos sociétés modernes : périodes d’expansion, périodes intermédiaires et périodes de dépression.

Au coeur de ces boucles, l’entrepreneur joue le rôle crucial du catalyseur.

Définissons-le clairement : l’entrepreneur est un créateur. Et le créateur est un rêveur.
Comme tout rêveur, il cherche sans cesse à atteindre l’unique, l’innovant et … la rupture. 

Théorisées par J.Schumpeter, les grappes d’innovations constituent les ressources premières de cette évolution. Des entrepreneurs-rêveurs concrétisent des innovations de rupture qui, elles-mêmes, engendrent des grappes d’innovations d’usage qui ouvriront, à terme, un nouveau marché et de nouvelles perspectives de développement : c’est la phase de croissance.

Cette vision Schumpeterienne de l’Economie semble trouver dans la révolution numérique une chambre d’écho parfaite.

Mais, dans ce cas, peut-on considérer l’IA comme une innovation de rupture ? Il est trop tôt pour le dire. Toute affirmation à ce sujet serait hérésie. Mais pour essayer d’anticiper ses impacts sur le marché de l’emploi, intéressons-nous aux travaux actuels de Nicolas Bouzou, économiste et essayiste français, qui interviendra lors de la prochaine édition du #NWX Summer Festival.

 

Cycles économiques et réticences aux changements

Après la machine à vapeur et l’industrie du coton lors du premier cycle de Kondratiev ; le chemin de fer et la sidérurgie lors du second ; le moteur à explosion, l’électricité et la chimie pour le troisième ; l’automobile, la pétrochimie et l’électronique pour le quatrième, c’est donc le numérique qui semble chahuter l’Economie mondiale.

Lors de chacun de ces cycles, on observe une levée de boucliers contre le progrès technique synonyme d’ogre terriblement vorace détruisant emplois et vies personnelles sur son passage. La révolte des luddites, celle des canuts lyonnais ou encore la manivelle de Sismondi en sont de bons exemples. Ce qui inquiète, c’est la phase de dépression qui suit ordinairement les révolutions technologiques où les innovations chassent les entreprises « dépassées ».

Les pouvoirs publics tentent généralement de maintenir en vie artificiellement ces activités. Nicolas Bouzou partage sa vision très critique de cette irruption étatique dans l’Economie libérale : « Le faible développement économique du monde jusqu’à la révolution industrielle de la fin du XVIIIème siècle n’est pas seulement lié à la prétendue stagnation scientifique ou aux blocages institutionnels et religieux, mais à la politique : le refus de la productivité et de la perte d’emplois joua un rôle. » Les politiques de protection de l’emploi en France, rendant difficiles les licenciements, auraient ainsi, selon de nombreuses études, pour effet de ralentir la destruction créatrice, donc la productivité, et donc la croissance.

L’IA ne déroge pas à la règle.

« Bloquer les évolutions en érigeant des barrières qui empêchent les nouvelles technologies de remplacer les plus anciennes freine la création, mais ne parvient pas à contrarier la destruction. »

Compétences et emplois

Pour Nicolas Bouzou, la technologie peut donc avoir trois conséquences sur le travail :

– elle peut se substituer en totalité à un emploi parce qu’elle l’automatise mais ce phénomène est rare. Ce n’est pas parce qu’un métier est automatisable qu’il est automatisé. Un seul métier a totalement disparu de cette façon aux Etats-Unis depuis les années 1950: celui de liftier. Il convient donc de relativiser cette peur de la disparition totale des métiers dans le trou noir de l’automatisation;

– elle peut faire disparaître des tâches à l’intérieur d’un métier qui survit: les secrétaires ne font plus de sténographie mais organisent des agendas, accueillent des clients et s’occupent de l’administration générale des organisations. On les appelle de plus en plus des office managers. Les concierges n’ouvrent plus la porte des immeubles mais veillent à entretenir un “climat” de vie agréable, ce qu’aucune technologie ne fera jamais;

– elle peut faire disparaître un produit et les métiers qui lui sont associés. L’automobile à moteur a tué les métiers liés aux fiacres et l’électricité a signé le trépas des allumeurs de réverbères. Il n’existe plus de fabricants de machines à écrire. Ce phénomène constitue le coeur de la théorie schumpétérienne de la destruction créatrice.

Le progrès technologique semble donc avoir un réel impact sur le marché du travail. Mais pas forcément celui que l’on croit. L’IA, comme d’autres innovations, engendre un vent de changement dans les compétences requises sur le marché du travail mais n’a que très peu d’impacts réel sur l’aspect quantitatif du travail. 

Dès lors, il est nécessaire de « faire du travail humain une question intellectuelle et politique prioritaire, et de trouver enfin le courage de réformer en profondeur notre marché du travail et notre système de formation, seuls coupables du chômage de masse que connaît la France » car l’enjeu n’est pas tant le maintient de l’emploi à tout prix mais la flexibilité du système éducatif.

Une vision résolument positive de Nicolas Bouzou qu’il aura loisir de compléter lors de son intervention au #NWX Summer Festival 2018.

« L’esclave devient le maître et le maître devient l’esclave. Jouons au plus fin avec l’intelligence artificielle, la faible aujourd’hui, la forte demain. Elle n’a pas lu Hegel. Elle ne sait pas que, tant que l’homme travaillera, il sera le maître du monde. Tant que l’homme travaillera, l’humanité sera humaine. » 

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